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vendredi 28 février 2020

Instant entre deux souffles


L’Aria du silence
Est une vieille amie
Qui me prend sous son art
Sous sa mélodie
Sagesse dans le désespoir
L’ombre qui me suit
Fidèle à mes pas
Où que j’aille
Elle est là
Dans les pavés des rues
Dans les sentiers perdus
Dans la douleur
Dans la fureur
Dans l’aveuglement
D'un moment de rage
D'un égarement du discernement
Elle est là, 
Me berce dans ces bras
Assise dans un interstice
De prudence et de paix
M’arrachant ainsi
(Pour un instant suspendu entre deux souffles)
Des griffes des mots
Qui insultent ou trahissent
Fatiguent ou alourdissent
Dans tous les cas de figure
Où abondent le sang et les blessures.

(Carmen Cupido)

jeudi 1 août 2019

La lumière que je leur donne


Il se tait, mon sourire,
Peu à peu, je le sais
Dans les lèvres de mes yeux
Que je mords
Pour que la bouche ne pleure
Les ovules de larmes
Qui descendent les marches
Qui séparent les ovaires de la Poétesse
De l’utérus qui anxieusement attend
 L’embryon Poème

Je plie,
L’un de mes genoux touche déjà terre
Sous le poids que, chaque jour de plus, m’enterre
Brassé de corps et de vies que je porte sur mes épaules

Parce que je me suis senti courber
Avec tous les morceaux des autres que je porte sur moi
J’ai soustrait mon propre poids qui est devenu ombre
Parce que les ombres ne pèsent pas et ne se voient
Que quand le soleil vient...

Mais puisque le soleil ne vient pas
(Déshériter les autres de moi je ne le pouvais pas)
J’ai pensé découdre ce que je suis,
Déchirer toutes les coutures de mon être
Et des tripes de l’amour en faire des ficelles de lumière

J’ai étendu les ficelles, je le jure, sans garder une seule,
Tout au long de la route de ceux qui vivent pour moi
La vie que je ne vis pas ; Mais les fous
N’ont même pas réalisé
Qu’au bord du chemin je me suis abandonnée
Pour pouvoir marcher en les portant sur mon dos
Mais sans personne à l’intérieur de moi

Il se tait mon sourire
Peu à peu, je le sais
Dans les lèvres de mes yeux...
Elle me fait mal, dans ma chair, cette douleur
De porter tant de bouches accrochées
Aux mamelons de ce que je suis
Suçant, avides, toute la lumière que je leur donne
Et moi, glissant déjà, sous le voile noir des ténèbres…

(Carmen Cupido)

lundi 19 novembre 2018

L'innommable



Derrière la porte fermée
Une ombre se cachait
Et la terreur était une mortelle poussière
Un nuage noir qui tournoyait dans l’air
Et tes pieds de plomb, pieds de fer
Faisaient de moi le sol
Où tu dansais

Spectre ou fantôme
Ou diable innommable
C’est de la rage que tu mettais à table
Je serrais les dents
 Ma bouche se clouait
Tu m’ordonnais : Mange misérable
Ma faim était une autre
Celle de l’oiseau qui s’envolait

Mille poings pleuvaient
Mille lames d’épées
qu’à outrance me blessaient
Et dans tes mains des ouragans
qui me jetaient contre le mur
Et contre le mur écrasés
Mon corps blessé, mes yeux révoltés,
Perdaient de vue le futur

Et Bec et ongles, je m’agrippais
Par le fil, les rêves, la vie, je retenais
Et tandis que tu vociférais
Mes yeux se faisait fleuve
Au lit qui débordait
tout le venin que tu me donnais

Et de tout mon être je vomissais
Le mal absolu que tu étais
Oh Spectre; Oh Diable innommable
Tu ne mettras plus jamais rien à table !

(Carmen Cupido, 17.11.2018)
(Traduction/Arrangement du poème 
"Diabo sem nome" du blog "Na Matriz da Palavra",2010)


jeudi 27 septembre 2018

Blessures opalines


Ne me cherchez plus
Au fond de mes yeux
Je ne suis plus
Qu’un rêve brumeux
Qui gît au fond de moi
Une ombre difforme
De l’être que j’ai voulu être
Mais que je n’ai jamais été

Sous cette terre qui m’enterre
Je ne suis qu’un perce-neige qui s’oublie
Sous son tombeau blanc ensevelît
Son corps frêle à moitié engourdît
N’a plus la force de tirer sur ses racines
Et mille et une blessures opalines
Glacent son cœur, qu’à petit feu, se meurt

La fleur lentement s’éteint
Sa tige a inexorablement perdu son chemin
Dans les profondeurs du gosier vorace de l’hiver

Tout au fond de sa torpeur, une douceur printanière, inconsolable, erre…

Inconsolable, erre.

(Carmen Cupido)

jeudi 12 mai 2016

Au creux de ma paume



Une ombre se glisse
Au seuil de mon être
Dans mon ventre se hisse
La nuit comme un sceptre

Elle m'effleure ; telle fleur de fiel
Et l'(in)culte silence dans son autel
Replie l'insurgé cri dans ma bouche
Quand la noirceur viens et me touche

Folle, ignare, béotienne, la nuit
Elle me veut mais ne sait pas qui je suis...

Je porte le jour au creux de ma paume
L’aube éternelle en forme de baume
Arc-en-ciel à la source infinie
Lumière qui jaillit, jaillit, jaillit...

(Carmen Cupido)